Son univers introduit une beauté froide, hallucinée, qui happe le regard. Tout est calibré avec rigueur, mais cette perfection est atténuée par une matité graduée [...].
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His universe introduces a cold, hallucinatory beauty that catches the eye. Everything is rigorously calibrated, but this perfection is tempered by a gradual dullness [...].
La galerie By Lara Sedbon est heureuse de vous présenter la seconde exposition personnelle de Benjamin Valode. L’artiste poursuit son exploration d’univers architecturés et hypnotiques où la lumière devient matière et le vide, sujet.
Pour accompagner cette exposition, la journaliste et critique d’art Julie Chaizemartin met en lumière la démarche du peintre et la dimension poétique de son travail.
Au bord des mondes
L’atmosphère irradie de bleu. Pas n’importe quel bleu : un bleu intense, profond, magnétique. Celui de la nuit électrique, des rêves surréels [...]. Pourtant, l’esthétique n’est pas surréaliste, elle serait plutôt dystopique. Elle érige des tours immenses, des labyrinthes kafkaïens, des escaliers en lévitation [...]. Ces constructions semblent n’avoir aucun ancrage précis si ce n’est la mathématique sublime du vide évoquant les architectures d’Escher. À l’intérieur, des humains solitaires marchent ou méditent, le regard fixé vers des horizons inconnus. Benjamin Valode met-il en scène une société totalitaire habitée par des clones futuristes ou campe-t-il l’inquiétante oppression de nos sociétés actuelles, régies par la négation des individualités ? [...]. « Je peins nos solitudes contemporaines », exprime-t-il.
Celles-ci s’incarnent dans l’évanescence de clair-obscur théâtralisés [...]. À la manière d’un cinéaste, il élabore chaque toile avec la méticulosité d’un géomètre, en quête de l’épure abstraite. Mais dans ces formes froides et silencieuses règne aussi un vide abyssal. Ces silhouettes sont-elles encore humaines ? [...]. Par endroits, le bleu se mue en ocre indéfinissable. Les toiles apparaissent dans des dégradés de lumière colorée que l’artiste a recherchés patiemment, pour créer un univers tendu entre peinture et dessin. Si la couche du fond est de l’acrylique, c’est le crayon de couleur qui construit la forme. Benjamin Valode est avant tout un dessinateur chevronné, sublimant le trait sur la couche d’atmosphère qui illumine ses tracés.
Son univers introduit une beauté froide, hallucinée, qui happe le regard. Tout est calibré avec rigueur, mais cette perfection est atténuée par une matité graduée [...]. Des images noctambules « où se dissolvent tous les ancrages du réel, jusqu’à l’effacement », précise l’artiste. Ici planent les ombres des Répliquants de Blade Runner ou les doutes de Severance, captifs d’un système déshumanisé. « Voir le vide » – titre de l’exposition – c’est peut-être voir au-delà, voir au plus profond de soi. Les derniers tableaux ne sont plus que d’immenses silences luminescents [...], retranscrits dans ces bleus et bruns crépusculaires, suspendus au bord des mondes.
Julie Chaizemartin, journaliste et critique d’art
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The By Lara Sedbon gallery is pleased to present Benjamin Valode's second solo exhibition. The artist continues his exploration of architectural and hypnotic worlds where light becomes matter and emptiness becomes subject.
To accompany this exhibition, journalist and art critic Julie Chaizemartin highlights the painter's approach and the poetic dimension of his work.
At the edge of worlds
The atmosphere radiates blue. Not just any blue: an intense, deep, magnetic blue. The blue of electric nights and surreal dreams [...]. Yet the aesthetic is not surrealist, but rather dystopian. It erects immense towers, Kafkaesque labyrinths, levitating staircases [...]. These constructions seem to have no precise anchorage other than the sublime mathematics of emptiness evoking Escher's architecture. Inside, solitary humans walk or meditate, their gaze fixed on unknown horizons. Is Benjamin Valode depicting a totalitarian society inhabited by futuristic clones, or is he portraying the disturbing oppression of our current societies, governed by the denial of individuality? [...]. “I paint our contemporary loneliness,” he says.
These are embodied in the evanescence of theatrical chiaroscuro [...]. Like a filmmaker, he crafts each canvas with the meticulousness of a surveyor, in search of abstract purity. But in these cold and silent forms there also reigns an abysmal void. Are these silhouettes still human? [...]. In places, the blue turns into an indefinable ochre. The canvases appear in shades of colored light that the artist has patiently sought out to create a universe suspended between painting and drawing. While the background layer is acrylic, it is colored pencil that constructs the form. Benjamin Valode is above all an experienced draftsman, sublimating the line on the atmospheric layer that illuminates his strokes.
His universe introduces a cold, hallucinatory beauty that catches the eye. Everything is rigorously calibrated, but this perfection is tempered by a gradual dullness [...]. Nocturnal images “where all anchors to reality dissolve, until they are erased,” explains the artist. Here hover the shadows of the Replicants from Blade Runner or the doubts of Severance, captives of a dehumanized system. “Seeing the void”—the title of the exhibition—may mean seeing beyond, seeing deep within oneself. The latest paintings are nothing more than immense luminescent silences [...], transcribed in twilight blues and browns, suspended on the edge of worlds.
Julie Chaizemartin, journalist and art critic
