Les couleurs s’embrasent ou se glacent, l’atmosphère joue avec les ombres, tantôt absentes, tantôt déplacées, libérées de toute contrainte.
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Colors blaze or freeze, the atmosphere plays with shadows, sometimes absent, sometimes displaced, freed from all constraints.
Ouverroù. Mot-monde, mot-faille. Il hésite, bifurque, s’ouvre et se referme tout à la fois. Ou,vers où ? Ouvert, où ? Ou verrou ? Ouverroù est multiple, ce sont les ici et les ailleurs de la peintre Zélie Nguyen.
Ici, s’étendent des paysages arcadiens où une eau immobile borde des jardins aux mille-fleurs pâturés par des animaux sortis de contes. Là, veillent des abris, des fontaines, des labyrinthes et des architectures diachroniques, convoqués depuis les quatre coins du monde, de la Renaissance italienne au Japon ancestral. Refuges pour les yeux, ces repaires semi-clos deviennent des passages vers d’autres dimensions. Les couleurs s’embrasent ou se glacent, l’atmosphère joue avec les ombres, tantôt absentes, tantôt déplacées, libérées de toute contrainte. Les perspectives — cavalières, linéaires, forcées — répondent aussi à leurs propres harmonies.
Car si la peinture de Zélie Nguyen paraît savante et longuement réféchie, elle n’est étonnamment jamais préméditée. La composition, la présence de certains détails comme la maîtrise notable de la palette procèdent purement de sa propre intuition. Point d’ébauche, le geste est incisif et ne tolère aucun repentir.
Cette tension entre liberté et construction empirique se retrouve dans le dialogue des formats utilisés. Toiles blanches et panneaux de bois apparaissent comme deux versants d’un même territoire peint : les premières ouvrent des horizons extérieurs, voire panoramiques, proches des univers « open world » d’un jeu vidéo ; les seconds, ceux surbois, resserrent l’expérience, plus recluse, comme des zones secrètes ou des haltes dans l’aventure.
Et quand la présence humaine surgit, elle convoque des récits fondateurs, des mythes. Non pour expliquer, mais pour semer quelques indices : un motif autobiographique se relie à un archétype universel, et l’œuvre s’inscrit dans ce récit souterrain de l’humanité, où les images circulent, se transforment, reviennent — rémanences réactivées sous le pinceaude Zélie Nguyen.
Anne-Laure Peressin
Critique d’art
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Ouverroù. Word-world, word-fault. It hesitates, branches off, opens and closes at the same time. Or, where to? Open, where? Or locked? Ouverroù is multifaceted; it represents the here and elsewhere of painter Zélie Nguyen.
Here, Arcadian landscapes stretch out, where still water borders gardens full of flowers grazed by animals straight out of fairy tales. There, shelters, fountains, labyrinths, and diachronic architecture stand guard, summoned from the four corners of the world, from the Italian Renaissance to ancient Japan. Refuges for the eyes, these semi-enclosed hideaways become passages to other dimensions. Colors blaze or freeze, the atmosphere plays with shadows, sometimes absent, sometimes displaced, freed from all constraints. The perspectives—cavalier, linear, forced—also respond to their own harmonies.
For although Zélie Nguyen's painting appears scholarly and carefully considered, it is surprisingly never premeditated. The composition, the presence of certain details, and the remarkable mastery of the palette are purely the result of her own intuition. There are no sketches; the gesture is incisive and allows for no repentance.
This tension between freedom and empirical construction is reflected in the dialogue between the formats used. White canvases and wooden panels appear as two sides of the same painted territory: the former open up external, even panoramic horizons, close to the “open world” universes of a video game; the latter, those in wood, narrow the experience, making it more secluded, like secret areas or stops along the adventure.
And when human presence emerges, it evokes founding narratives, myths. Not to explain, but to sow a few clues: an autobiographical motif connects to a universal archetype, and the work becomes part of this underground narrative of humanity, where images circulate, transform, and return—remanences reactivated under Zélie Nguyen's brush.
Anne-Laure Peressin
Art critic
