Aurélie Bauer dévoile ici ce que l’on ne voit pas, ce qui se dissimule derrière la perfection si normée du milieu de l’art.
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Aurélie Bauer reveals what we don't see, what lies hidden behind the standardized perfection of the art world.
La galerie By Lara Sedbon conclut sa première année d’ouverture d’espace avec une exposition qui souhaite révéler au public l’arrière-scène du métier de galeriste. Alors que les stands de foire se font de plus en plus scénographiés, alors que les visiteurs et collectionneurs s’attendent à vivre une expérience toujours plus complète, Aurélie Bauer dévoile ici ce que l’on ne voit pas, ce qui se dissimule derrière la perfection si normée du milieu de l’art.
Artiste plasticienne, diplômée des Beaux-Arts de Paris en 2008, Aurélie Bauer éprouve la figuration comme autant de succédanés de vie. Amatrice du cinéma des années 50, elle s’illustre d’abord dans la représentation de multiples arrêts sur image de films qu’elle décortique dans les moindres détails. Également productrice de théâtre depuis le plus jeune âge, elle conçoit allégoriquement ces deux modes d’expression artistiques comme une même fenêtre sur le monde.
Dans cette exposition, intitulée L’envers du décor, Aurélie Bauer nous fait pénétrer au cœur d’un regard duel qui crée autant qu’il observe. En effet, l’artiste française collectionne avec frénésie les photographies qu’elle prend elle-même sur ses terrains de jeux favoris et qu’elle imprime rigoureusement depuis plusieurs années, suivant toujours le même format. Foires, ateliers, coulisses : sa peinture est une véritable bibliothèque documentant la thématique. Actrice discrète de ces arrières-scènes, elle en devient le personnage principal lorsqu’il s’agit de les transposer sur toile. Alors, sa créativité prend le pas sur la réalité et elle se plait à compléter la scène pour la livrer au spectateur telle qu’elle la conçoit. Plus réaliste ? Plus esthétique ? Ou tout simplement plus fidèle à son univers personnel ? Cette mise en abyme permanente où la question du je en recherche constitue un prisme de lecture évident embarque le spectateur dans un jeu où il est lui-même acteur. Aussi, Aurélie Bauer décide-t-elle d’ériger, à la fin de l’exposition, une scène de théâtre qui pourrait accueillir son propre atelier. Des toiles y sont accrochées. S’agit-il de la théâtralisation de sa propre vie ? Nous invite-t-elle à monter sur scène et faire de même ?
La notion de décor, centrale chez le peintre et chez le metteur en scène, trahit peut-être l’ultime pastiche de la vie telle qu’on la met en scène au quotidien. Ici, il n’en est certainement plus question.
Lara Sedbon
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The By Lara Sedbon gallery concludes its first year of operation with an exhibition that aims to reveal the behind-the-scenes work of a gallery owner to the public. As art fair booths become increasingly staged and visitors and collectors expect an ever more complete experience, Aurélie Bauer reveals what we don't see, what lies behind the standardized perfection of the art world.
A visual artist who graduated from the Beaux-Arts in Paris in 2008, Aurélie Bauer experiences figuration as a substitute for life. A lover of 1950s cinema, she first made a name for herself by depicting multiple freeze frames from films, which she dissects in minute detail. Also a theater producer from a young age, she allegorically conceives of these two modes of artistic expression as the same window on the world.
In this exhibition, entitled L’envers du décor (Behind the Scenes), Aurélie Bauer draws us into the heart of a dual perspective that creates as much as it observes. The French artist has been frantically collecting photographs she has taken herself in her favorite playgrounds and has been printing them rigorously for several years, always in the same format. Fairs, workshops, backstage: her painting is a veritable library documenting the theme. A discreet actress in these backstage scenes, she becomes the main character when it comes to transposing them onto canvas. Then, her creativity takes precedence over reality and she takes pleasure in completing the scene to deliver it to the viewer as she conceives it. More realistic? More aesthetic? Or simply more faithful to her personal universe? This permanent mise en abyme, where the question of the self in search of itself constitutes an obvious prism of interpretation, draws the viewer into a game in which they themselves are the actor. Aurélie Bauer therefore decided to erect a theater stage at the end of the exhibition that could accommodate her own studio. Canvases are hung there. Is this a dramatization of her own life? Is she inviting us to take to the stage and do the same?
The notion of decor, central to both the painter and the director, perhaps betrays the ultimate pastiche of life as we stage it on a daily basis. Here, this is certainly no longer the case.
Lara Sedbon
