« La peur de l’autre n’est jamais simplement une peur de l’extérieur. Elle parle de moi, de ma part mystérieuse, de mes doutes, de ce que je n’ose pas toujours regarder en face. »
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“Fear of others is never simply fear of the outside world. It speaks to me, to my mysterious side, to my doubts, to what I don't always dare to face.”
« L’effet miroir, c’est ce phénomène subtil où l’autre devient le reflet de ce que je porte en moi ». Dans l’exposition Miroir, mon merveilleux miroir, Eugénie Modaï puise profondément dans les méandres de l’inconscient pour révéler la part de merveilleux en chacun.
L’exposition débute avec l’enfance, où cette force du merveilleux est encore à fleur de peau. L’artiste dévoile quelques bribes de sa propre enfance et les convoque pour les faire exister à nouveau. L’origine se projette alors, reflet de soi et de l’autre, qui renvoie à soi-même.
Progressivement, l’exposition s’ouvre sur la couleur et sur le monde, comme un enfant qui les découvre. L’autre prend une part de plus en plus importante et se mue, parfois, en appréhension. Eugénie Modaï apporte une lumière nouvelle sur ce phénomène : « La peur de l’autre n’est jamais simplement une peur de l’extérieur. Elle parle de moi, de ma part mystérieuse, de mes doutes, de ce que je n’ose pas toujours regarder en face. L’autre, par sa différence, par ce qu’il incarne, vient souvent réveiller des zones que je préfère laisser dans l’ombre. Cette peur, souvent inconsciente, me pousse à juger, à mettre de la distance,à étiqueter, à me protéger. Mais en réalité, ce n’est pas tant l’autre que je crains c’est ce qu’il éveille en moi », dit-elle. Il s’agit alors d’accepter complètement ce reflet, à travers l’autre puis en soi. Cette spécularité révèle le besoin indispensable d’autrui, comme catalyseur du soi.
L’exposition est rythmée par l’énergie de la couleur et de la matière qu’Eugénie Modaï convoque sans relâche depuis toujours. La « laque de cellulose, matière organique au toucher soyeux que je recycle et utilise, prête à mon travail une dimension pérenne et responsable, essentielle pour moi ». Cette matière provient de fournisseurs qui récupèrent des stocks usagés. L’artiste travaille donc avec de la matière de seconde main : « cela donne du sens à mon travail, j’ai besoin de sentir que je suis dans un système vertueux de recyclage à l’infini ». En retour, Eugénie Modaï ne produit aucun déchet : toutes les chutes de matières sont employées pour créer des « contre-œuvres ». Ces dernières sont envisagées comme le compost qui a donné naissance à l’œuvre, sa condition de possibilité.
Ce rapport à la matière souligne le dialogue de l’artiste avec la planète. Ainsi, toujours en miroir, les nuages, récurrents dans ses œuvres, évoquent le cycle perpétuel dans lequel la terre, le ciel et l’homme fonctionnent ensemble. En effet, grâce à l’évapotranspiration des plantes et l’évaporation des plans d’eau, les nuages se créent et livrent à l’homme ses besoins en eau. Une installation rouge vif, une autre jaune et rose, évoquant un nuagede pluie sèche s’activent au passage du visiteur, rendant ludiquement hommage au cyclefertile. L’exposition régénératrice sera ponctuée de plusieurs ateliers en présence de l’artiste qui expliquera sa démarche et invitera le public à créer avec elle. Miroir, mon merveilleux miroir annonce également l’exposition monographique d’Eugénie Modaï qui aura lieu enseptembre à La Grande Vapeur de Oyonnax en collaboration avec le Fonds de dotationRobert Bollé
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“The mirror effect is that subtle phenomenon whereby another person becomes a reflection of what I carry within me.” In the exhibition Mirror, My Wonderful Mirror, Eugénie Modaï delves deep into the recesses of the unconscious to reveal the wonder that lies within each of us.
The exhibition begins with childhood, when this sense of wonder is still very much alive. The artist reveals snippets of her own childhood and brings them back to life. The origin is then projected, a reflection of oneself and the other, which refers back to oneself.
Gradually, the exhibition opens up to color and the world, like a child discovering them. The other takes on an increasingly important role and sometimes turns into apprehension. Eugénie Modaï sheds new light on this phenomenon: "The fear of the other is never simply a fear of the outside world. It speaks of me, of my mysterious side, of my doubts, of what I don't always dare to face. The other, through their difference, through what they embody, often awakens areas that I prefer to leave in the shadows. This fear, often unconscious, pushes me to judge, to distance myself, to label, to protect myself. But in reality, it is not so much the other that I fear as what they awaken in me," she says. It is then a question of completely accepting this reflection, through the other and then within oneself. This mirroring reveals the essential need for others as catalysts for the self.
The exhibition is punctuated by the energy of color and material that Eugénie Modaï has always relentlessly sought to evoke. “Cellulose lacquer, an organic material with a silky feel that I recycle and use, gives my work a sustainable and responsible dimension, which is essential to me.” This material comes from suppliers who recover used stock. The artist therefore works with second-hand materials: “it gives meaning to my work; I need to feel that I am part of a virtuous system of infinite recycling.” In return, Eugénie Modaï produces no waste: all material scraps are used to create “counter-works.” These are seen as the compost that gave birth to the work, its condition of possibility.
This relationship with matter highlights the artist's dialogue with the planet. Thus, always mirroring each other, the clouds, which recur in his works, evoke the perpetual cycle in which the earth, the sky, and man function together. Indeed, thanks to the evapotranspiration of plants and the evaporation of bodies of water, clouds are created and provide man with his water needs. A bright red installation and another in yellow and pink, evoking a cloud of dry rain, are activated as visitors pass by, playfully paying homage to the fertile cycle. The regenerative exhibition will be punctuated by several workshops in the presence of the artist, who will explain her approach and invite the public to create with her. Miroir, mon merveilleux miroir also announces Eugénie Modaï's monographic exhibition, which will take place in September at La Grande Vapeur in Oyonnax in collaboration with the Robert Bollé Endowment Fund.
